Karim Forlin, né en 1977 à Locarno (Suisse), vit et travaille à Genève. Après une formation en architecture du paysage, il est diplômé en 2009 de la Haute École d’art et de design de Genève (HEAD). Sélectionné pour les Swiss art awards 2015 à Bâle, il est lauréat du prix des Arts Visuels de la Fondation Dr René Liechti et du Prix Migros Tessin 2016.


La pratique de Karim Forlin tient au sol et aux mots, relève du territoire et du langage comme un tout culturel au sein duquel prélever des morceaux formulant de nouvelles narrations, dont l’arbitraire récit se repose sur la cohésion du système initial. Dès ses premières œuvres, l’artiste a mis en place un protocole de classification basé sur l’alphabet français, occasionnellement abandonné au profit de langues anciennes, aux caractères pictographiques et figuratifs (exposition Mem, galerie Laurence Bernard, 2016). Cette hésitation entre systématisme et exception révèle une relation distanciée à ce « Monstre de la totalité » 1 que représenterait un ensemble fini de 26 œuvres. Il dessine une route puis en prévoit les détours, les voies sans issue : si toutes ses séries aboutissent à une forme cohérente, elles sont parfois les manifestations nécessaires et suffisantes, uniques, d’une lettre ou d’une réflexion. Ainsi se construit une œuvre tenant à une esthétique du « fragment », d’un « discontinuisme sensible aux basculements imprévisibles » 2, où chaque pièce bénéficie d’une autonomie marquant « la nécessité de remodeler les genres » 3, remettant à nouveau en jeu toute indexation préliminaire.

Si cette application à toujours reformuler sa pratique abouti chez Karim Forlin à un ensemble de travaux polymorphes, il reste le caractère d’ancrage de ces productions : non soumises à la « dérive » littérale d’œuvres contemporaines du « jardin - altermoderne - de l’errance » 4 , elles sont, presque obstinément, autochtones - ces enfants de la mythologie, nés spontanément du sol, sans père, ni mère. Il n’est pas question d’ascendance, mais de territoire, l’alphabet devenant un repère typographique plus qu’encyclopédique. Aussi les formes archaïques - kerns, bornes d’amarrage, minkisi, foyers - peuvent-elles être transposées de medium ou d’échelle, marquant toujours des repères et limites spatiaux. Le travail de l’artiste trouve alors sa place autant dans l’espace clos et normé, muséal, que dans un contexte naturaliste (Ô, Parc Ducontenia, Saint Jean de Luz, 2017), usant des règles mêmes de chaque lieu pour donner son ampleur, formelle, lumineuse, sonore, textuelle, à chaque pièce. Dedans ou dehors, il compose des paysages, dioramas vivants, animés de systèmes artificiels contribuant à leur apparence et reflets de trompe-l’oeil (Granite and Rainbow, 2016).


L’œuvre de Karim Forlin génère ainsi, au même titre que les codes binaires (H, Cosmic call) ou les systèmes métaphoriques de réseaux (K), une infinité de déclinaisons exploratoires d’un récit inscrit dans des paysages qu’il invente, dont il fait des cartes d’encre dissoute sur des toiles de chanvre : sans destination arrêtée.


Audrey Teichmann
 

  1. Titre du dernier chapitre de Roland Barthes, dans Roland Barthes, par Roland Barthes, Seuil, Paris, 1975

  2. D. Madelénat, «Le tournant dans la biographie», in Le Tournant d’une vie, p. 74

  3. R. Barthes, op. cit, p. 110

  4. N. Bourriaud, Radicant, pour une esthétique de la globalisation, Denoël, Paris, 2009, p. 214

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