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Môtiers 2015

Art en plein air

Pour Môtiers 2015- Art en plein air, Karim Forlin présente un travail intitulé I se référant d’une part à un abécédaire prétexte qui lui sert de fil conducteur et d’autre part, à l’impératif du verbe «aller» en latin, soit «va!».
Cette installation invite à suivre une route bitumée peinte, composée d’une grille multicolore, rappelant la voie de détresse, et à quitter celle-ci pour finir dans un champ où des bornes en bois, scandant l’espace, continuent à signifier la grille et la voie tout en l’obstruant.

La peinture au sol, représentant un damier, coloré de manière aléatoire, structure orthogonalement la totalité du champ pictural. La référence à la peinture abstraite moderniste visant à éliminer tout espace narratif (peinture concrète zurichoise, « Confetti Paintings » d’ E. Kelly etc.) semble de premier abord incontournable.


Il faut aller chercher du côté des couleurs pour élargir le champ sémantique. Celles-ci proviennent du registre des couleurs cadastrales. Le cadastre est la mensuration officielle. Ainsi, la grille devient modèle cartographique. Mais, ici, il n’y a pas de mesures officielles, pas de contrôles, pas de géomètres. La grille qui semble s’étendre à l’infini est aussi prête à sortir de son propre système et à échapper à cette quantification forcée.


Cette voie de détresse nous emmène vers un élargissement du répertoire formel, vers une réalité plus fluide, vers une nouvelle rhétorique, échappant aux divers impérialismes mais consciente de ses limites et, par ce biais, rejoue d’une manière distanciée et critique les idées marxistes des mouvements italiens de néo-avant garde de l’architecture « radicale » et contestataire Superstudio et Archizoom.
 

Forlin propose donc un lieu et non une condition, un lieu de réflexion, échappatoire métaphorique, où il essaie de montrer les ambivalences de notre société post-capitaliste qui a vécu de près ou de loin les impasses des différents modèles politiques, analytiques etc. et qui a vu naître de nombreuses déviances incontrôlables. Un lieu où l’on prendrait le temps de s’arrêter, d’observer et de s’observer pour essayer de mieux comprendre nos angoisses et nos désirs.


C.M.