Stratosphère

MARS (Milano Artist Run Space),
Milan, 2017

Pour la deuxième fois, Fabio Carnaghi et l’espace MARS (Milano Artist Run Space), présentent à l’occasion de miart et du Il Salone del Mobile une série de vidéos d’artiste dans leurs locaux.


Le projet, Stratoconcept, est divisé en deux différentes parties: d’une part, au centre de l’espace d’exposition, une sculpture, inspirée d’une série de quatre chauffeuses d’Ubald Klug : « Terrazza DS 1025» (1973) ; d’autre part, une peinture murale sur le pourtour entier de la pièce.


La peinture murale est imaginée comme un motif, le chablon permettant de peindre une série de plantes « endémiques » de la région lombarde, présentes en particulier dans de petites gares d’une zone particulière de Lombardie. Elles seront réalisées avec trois différentes nuances de vert acrylique, sous l’influence conjointe des bronzes de l’artiste américain Tony Matelli (Weeds, 2007), et d’un livre réalisé par Ernesto Schick, Flora Ferroviaria (1980), échos de la préciosité appliquée au banal. Les plantes, persistantes et résiliantes, y incarnent des symboles d’un héroïsme de résistance.

La référence à la pièce de mobilier Terrazza tient à son rapport allusif aux paysages, au milieu d’éléments de végétation, eux-mêmes simulacres. L’ensemble serait une allusion naturaliste, ponctuée par une imagerie quasi architecturale d’escalier ou de belvèdere, une sorte de représentation topographique au centre d’un espace urbain circonscrit par quatre murs.


Le projet est né d’une réflexion sur les recherches de l’architecte paysagiste Roberto Burle Marx, amenant en finalité vers ce motif de flore endémique: une flore peu désirée, capable de résister aux herbicides et à la pollution. Une flore qui continue de nous accompagner, malgré notre désir persistant de la détruire pour toujours, et nous rappelle probablement notre position par rapport à l’absolue supériorité du règne végétal.

Un lien, pas seulement symbolique, naît entre une réflexion sur l’idée du belvedere, cette surélévation néoclassique présente dans beaucoup de villes européennes, cette distance excluante, et, d’autre part, un renouveau orgueilleux du non-désiré et du non-désirable. Une apparente banalité liée à un terrain de frontière et à une sorte de situation endémique de la région lombarde produite en partie par la situation industrielle/post-industrielle produite par notre société.


La méthodologie de construction de la sculpture centrale est la Stratoconception : un procédé de prototypage rapide, qui consiste à décomposer la pièce par calcul en un ensemble de couches élémentaires simples appelées «strates», dans lesquelles sont introduits des renforts et inserts. À ce titre, la pièce évoque les différentes couches effectives/physiques et politico-sociales en rapport avec l’idée de Belvedère, et de sa nature domestiquée, en relation aussi à Superstudio, à certains travaux de mobilier réalisés par le studio florentin.


Une série de mousses polyester découpées par couches reproduit la forme d’un sommet sur la frontière entre le Tessin et l’Italie - ressemblant en partie à la cartographie sous-marine.